Vendredi, le 23 avril, 2010 : journée électorale dans les écoles et bibliothèques ontariennes. Des centaines de jeunes lecteurs élisent le meilleur livre écrit en français par un auteur canadien. Partout dans la province, les bureaux de scrutin accueillent de jeunes électeurs fébriles de quatrième, cinquième et sixième années, impatients de voter pour leur livre préféré, quand ils ne l’ont pas fait par anticipation.
Sur leur bulletin de vote figurent 10 titres, des romans et des documentaires sans distinction. S’ils fréquentent l’école Des Pins, La Vérendrye ou Des Pionniers, à Ottawa, les électeurs voudront peut-être accorder leur préférence au roman ayant pour cadre la capitale nationale, Les planches à roulette font la manchette!, de l’auteure franco-ontarienne Anne-Marie Fournier. Mais il y a aussi Tous les œufs dans le même panier, écrit par une autre Franco-Ontarienne, Mireille Messier; et d’autres titres prometteurs : Les voleurs de dinosaures, Haut les pattes, Twister!, Le vrai DE VRAI journal de ma vie, pour ne nommer que ceux-là.
Par leur choix, les jeunes détermineront le récipiendaire du prix Tamarack, décerné par l’Association des bibliothèques de l’Ontario. L’organisme, qui a institué le prix en 2009, promet que les petits de troisième année et les grands de huitième pourront bientôt obtenir le droit de vote. Ce privilège est réservé néanmoins à ceux qui auront lu au moins cinq des œuvres en lice. Celles-ci sont choisies avec soin. En août 2009, par exemple, 28 livres ont émergé d’un premier tri. Un comité constitué de bibliothécaires, d’enseignants et de bibliotechniciens en a retenu dix (plus deux autres pour pallier aux imprévus), après s’être assuré que chaque œuvre s’adressait bien au groupe d’âge choisi, qu’elle avait été écrite en français, sinon traduite par un Canadien, et qu’elle avait paru récemment. De plus, la liste devait inclure un auteur franco-ontarien au moins. Elle demeura strictement confidentielle jusqu’à son dévoilement, à l’automne.
Une fois les finalistes connus, en octobre, il était temps de s’inscrire. N’y ont pas manqué les quatre écoles de la bibliotechnicienne Catherine Delaney, à Trenton, Kingston, Brockville et Merrickville. Fait d’autant plus digne de mention que l’accès aux livres en français n’est peut-être pas aussi aisé dans la région fluviale qu’à Ottawa.
Les écoles participantes se sont ensuite procuré les oeuvres. Au cours des derniers mois, les livres ont donc circulé d’une classe à l’autre, dans des bacs, ou ont fait l’objet de débats au sein de clubs de lecture; ils ont voyagé dans des sacs à dos, et séjourné dans les maisons. Pour la plupart, ils mettent indifféremment en scène des héros masculins ou féminins. Certains font état de la diversité culturelle, comme Le chasseur de pistou, où l’un des protagonistes provient d’Afrique. Plusieurs abordent des thèmes au goût du jour, comme les jeux vidéo, la planche à roulettes, avec les vieux ressorts propres à l’intrigue, à l’aventure, au mystère. Tous, ils font rêver.
Fait nouveau, les garçons liraient plus que les filles, a observé Madame Delaney dans ses écoles. L’arrivée des mini-romans, ces ouvrages à mi-chemin entre l’album et le roman comme tel, n’est peut-être pas étrangère au phénomène. Ce sont des livres d’une soixantaine de pages, constitués de chapitres, qui comportent plus de textes que d’illustrations, et qui facilitent la transition des livres d’images aux ouvrages «sérieux».
Cet automne, les jeunes Franco-Ontariens seront plus nombreux encore à voter pour leur livre préféré, faisant en cela du prix Tamarack une institution culturelle incontournable.
Addendum : Le Prix Tamarack a été décerné à Haut les pattes, Twister! de Sylviane Thibault (Pierre Tisseyre).Marie Martin-Hubbard est Agent de liaison communautaire au Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (Martim@ecolecatholique.ca). Catherine Delaney, bibliotechnicienne au Conseil des écoles catholiques du Centre-Est, était membre du comité de sélection des œuvres, pour le prix Tamarack.